Actuellement, la viande issue de coches de réforme n’a fait
l’objet que de très peu d’études en terme de qualité
technologique (Etude "Influence du mode d’élevage sur les
qualités des carcasses et des viandes de truies de réforme"
INRA-CTSCCV, JRP 2002, ICOMST 2002) et, très peu de références
existent au niveau bactériologique. Une première enquête ITP en
abattoir et en découpe, permettant de créer une base de données
en pH et en état d’engraissement des coches, a montré que l’hétérogénéité
entre les animaux était importante et qu’il y avait des
différences de qualité évidentes entre la viande de coche et
celle issue du porc charcutier. Dans certains cahiers des charges
qui concernent les animaux de réforme, les normes des porcs
charcutiers sont utilisées. Il paraît urgent de mettre en place
des références techniques et qualitatives propres à la coche de
réforme. De plus, la charcuterie "Label Rouge" doit,
aujourd’hui, être issue d’une matière première certifiée
et qui devra être labellisée en 2006. La viande de coche, qui
est un minerai important pour la fabrication du saucisson, des
rillettes et autres bacons, doit donc répondre à ces exigences.
De ce fait, les demandes de Certification (CCP) sur les coches se
multiplient aujourd’hui et il est évident qu’un nombre
important de références techniques, qualitatives et
bactériologiques doit être apporté aux professionnels engagés
dans ces démarches. Toutes ces évolutions au niveau de la
filière "coche" confirment la nécessité de faire le
point à tous les niveaux de ce créneau de filière.
OBJECTIFS
Réaliser un état des lieux technique des différents maillons
de la filière « coche » (abattoir, découpe, salaison) en
tenant compte des différentes contraintes (nombre d’animaux,
spécialisation des outils ou non) qui existent.
PROTOCOLE
Volet n°1 - Analyse technique des abattoirs - de la
gestion des coches en bouverie jusqu’à l’entrée en frigo en
fin de chaîne" :
Un diagnostic de 7 abattoirs est réalisé (2 outils
spécialisés à haute cadence (> 50 coches/h), 2 outils
spécialisés à faible cadence (< 50 coches/h), 2 outils
utilisant une chaîne bovins (coches dépouillées) et 1 outil non
spécialisé). Pour chaque outil, 2 ou 3 jours de tuerie sont
analysés (Gestion de la phase ante-mortem, processus d’anesthésie
et sa phase d'amenée, chaîne d’abattage, mesures et
observations qualitatives - qualité technologique, données
techniques, qualité bactériologique)
Volet n°2 - Analyse technique des découpes :
Une analyse dans 4 ateliers de découpe est effectuée
(observation technique : les sites anatomiques principaux,
techniques de découpe, classement des carcasses avant découpe,
type de découpe, tri des pièces, degré d’élaboration par
pièce - Caractérisation des minerais utilisés par les
salaisonniers - mesure de la couleur sur le jambon)
Volet n°3 - Influence de l’âge de la coche de
réforme sur la qualité technologique du produit :
Pour ce 3ème volet, l’essai se déroulera, pour chaque
répétition, dans un même abattoir, une même découpe et une
même salaison. 3 répétitions sont prévues pour réaliser ce
projet. Deux lots distincts par l’âge seront mis en place : un
lot A (20 coches) regroupant des coches de 1 à 2 ans (réforme
rapide) et et un lot B (20 coches) constitué de coches ayant plus
de 5 ans (et donc ayant une carrière de reproduction importante).
Pour chaque lot, une série de mesures, visant à comparer chaque
population, est effectuée :
- En abattoir (pour chaque lot étudié) : évaluation de l’état
des animaux (notation de l’état physique, mesure de l’épaisseur
de lard, relevé du poids des différentes coches constituant les
lots, nombre de saisies) et mesure technologique (pH1 des
jambons).
- En découpe (pour chaque lot étudié) : mesure technologique
sur jambons (pH24), mesures sur longes issues des 2 lots (5
longes/lot) : colorimétrie, analyse physique (dureté de la
viande, texture, fibrosité) et chimique des bacons (évaluation
de la teneur en eau, protéines, lipides, sucres, % collagène
thermosoluble).
RESULTATS
Résultats des volets 1 et 2 :
Les durées de mises à jeun observées sont très
hétérogènes, caractérisant l’absence de programmation de l’abattage
des truies. Une bonne mise à jeun diminue les risque de viande à
bas pH et limite les risques de développement bactérien. Les
densités pratiquées sont de une truie/m². Les pratiques ne sont
pas encore homogènes (sur-densité et sous-densité observée).
La recommandation théorique optimale est de 0.93 truie/m².
L’état physique et la conformation des truies à l’abattoir
est correct. Néanmoins, 10% des truies notées dans les abattoirs
sont dans un état de maigreur avancée. Ce type d’animal ne
doit plus arriver dans les outils d’abattage aujourd’hui.
Les temps d’amenée des truies vers le piège à anesthésie
sont très longs et difficiles. Les faibles cadences d’abattage,
la conduite de lot trop important, les stockages des lots dans le
piège peuvent expliquer cette situation. Globalement, l’anesthésie
se pratique manuellement à l’aide d’une pince. La durée d’anesthésie
est largement suffisante et efficace.
Les valeurs de pH1, indicateur du stress subi par les truies en
phase de pré-abattage et à l’anesthésie, sont assez proches
de ce que l’on obtient en porc charcutier. Les mesures de pH24,
indicateur de la qualité technologique de l’animal, ont montré
un niveau de viandes à bas pH et de DFD important. Il est
nécessaire d’homogénéiser les durées de mises à jeun et de
préparation "physique" de la truie avant leur abattage.
La réfrigération des carcasses de truies est nettement moins
rapide et régulière que celle d’un porc charcutier. Un seuil
de 7°C atteint en 30h est aujourd’hui exigé dans les cahier
des charges de certification.
La proportion d’analyses non conformes en entérobactéries
et Pseudomonas s’est avérée très faible dans l’ensemble des
outils. Par contre, la prévalence en salmonelles a été forte
dans une des classes d’abattoir étudiée. L’observation du
nettoyage-désinfection en abattoir a montré des niveaux moyens
en terme de résultats. Les abattoirs doivent élaborer un
processus précis de nettoyage et de désinfection.
En découpe, la productivité mesurée est plus importante dans
les ateliers employant des tâcherons. Concernant l’activité de
découpe, le temps de stockage des carcasses avant l’affalage
est trop important. La découpe primaire se présente de la même
façon dans les quatre entreprises étudiées. La phase secondaire
de la découpe montre des différences notables mais le degré d’élaboration
des pièces est identique. La découpe/ désosse se déroule en
ligne. Les produits désossés sont stockés en bacs par type et
empilés sur des palettes. Les ateliers éprouvent des
difficultés à évacuer rapidement les produits découpés vers
les frigos.
Le nettoyage-désinfection des locaux est globalement correct.
Le personnel doit néanmoins prendre conscience de l’intérêt
du nettoyage du matériel et des tenues de travail. Le niveau d’hygiène
durant l’activité et les pauses est insuffisant dans les 4
ateliers observés. Des précautions supplémentaires doivent
être mises en place afin d’assurer un niveau hygiénique le
plus optimal possible.
Résultats du volet 3 :
Les truies ont fait l’objet d’une série de mesures
physiques (note d’état d’engraissement, poids chaud, mesure
de l’épaisseur de gras à la réglette) et technologique (pH1,
pH ultime sur le jambon et la longe). Par répétition, plusieurs
longes de chaque lot ont été sélectionnées pour analyses
chimiques et transformation en bacon : 5 longes de truies ayant le
plus petit rang de portée pour le lot A (lot A1) et les 5 longes
de truies ayant le plus grand rang de portée pour le lot B (lot
B1). Les analyses ont porté sur le taux de lipides et de
collagène, ainsi que le comportement en cuisson. Le rendement, la
texture et la couleur de produits transformés ont complété ces
données.
Il n’y a pas de différence significative entre l’état
physique des "jeunes truies" (lot A) et des "truies
âgées" (lot B). Cependant, les truies plus âgées (lot B)
ont un poids moyen supérieur. Les effets lot et date d’abattage
expliquent ces moyennes différentes. Par contre, l’absence d’effets
des variables explicatives impliquent que les mesures d’épaisseur
de gras ne sont pas différentes. L’âge des truies ne semble
pas avoir d’impact sur les valeurs de pH. Les pH1 et pH24 des
deux lots sont corrects si l’on prend en référence les seuils
utilisés en porc charcutier. Comme pour les porcs charcutiers, la
date d’abattage a un effet notable sur les valeurs de pH24
mesurées sur les longes.
Les valeurs de poids, d’épaisseur de gras et de pH1 obtenues
dans les sous-groupes A1 et B1 sont semblables à la population de
départ (lot A-lot B). Par contre, les truies de réformes âgées
(lot B1) ont des pH24 jambons et longes nettement plus élevés
que celle du lot A1 (jeunes truies). Les truies plus âgées ont
sans doute puisé plus dans leurs réserves énergétiques avant l’abattage.
Ce résultat peut être également expliqué par la différence de
composition des fibres musculaires entre les deux groupes ou par
des besoins d’entretien plus importants.
Les longes issues des truies de réforme du lot B1 sont
significativement moins riches en lipides, en collagène total
(tendance) et en sucres, que celles des "jeunes truies".
La teneur en collagène thermosoluble est deux fois plus faible
dans les longes des truies "âgées". La différence de
taux de lipides peut être la conséquence d’une mobilisation
plus importante et plus répétée des lipides pendant la
lactation, période de mobilisation importante des réserves
énergétiques. La différence observée pour la teneur en sucres
semble suivre les moyennes de pHu observées précédemment. Le
test de cuisson met en évidence une tendance à un rendement plus
élevé pour les truies âgées. Ce résultat indique une
meilleure aptitude technologique de la viande de truie
"âgée" par rapport à la truie "jeune". Les
rendements de transformation en bacon obtenus ne sont pas
significativement différents entre les "jeunes" et les
truies plus âgées. La prise de saumure, les pertes à l’égouttage
et à l’étuvage ne sont pas distinctes. Concernant la couleur,
les bacons issus des truies "âgées" ont des valeurs de
L* et de b* significativement inférieures. Les valeurs de a* ne
sont pas différentes. Les professionnels des salaisons
recherchent une couleur plus sombre donc il semble que des truies
plus "âgées" soient plus adaptées. Une différence
significative entre les deux populations est observée sur la
contrainte maximale de cisaillement. Le test de Warner Bratzler
est considéré comme le meilleur estimateur de la mesure de la
tendreté (VAN OECKLER, 1999). La viande issue de truies plus
"âgées" serait ainsi plus favorable à la tendreté de
la viande. Le rendement est supérieur avec le lot de "truies
âgées" mais leur taux de collagène est légèrement
inférieur. L’impact sur la qualité des produits non cuits
(texture, cohésion des muscles) serait à étudier plus
précisément.
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