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CONTEXTE ET OBJECTIFS
Dans le contexte d’interrogations de
la société vis à vis des OGM et de demande de certains
opérateurs de disposer de viande issue d'un processus de
production exempt d'OGM, une étude sur a été réalisée afin de
déterminer en situation réelle quelles étaient les solutions
mises en œuvre et leur durabilité.
Dans le cadre de l'étude, la notion d’alimentation
"non OGM " n’a pas été définie comme l’absence
totale d'OGM dans l’alimentation mais comme l’utilisation d’aliments
n’ayant pas l’obligation d’être étiquetés « Ogm » ou «
contenant des ogm ». en conformité avec la réglementation selon
laquelle la présence de traces d'OGM dans l'alimentation des
animaux est admise dans la limite de 0,9 %, à condition qu'il
s'agisse de présence fortuite. Cela implique aussi que les
opérateurs doivent démontrer qu'ils ont pris les mesures
adéquates pour éviter l'introduction de matériel
génétiquement modifié à tout stade du processus de production.
L'expression production de viande "non
OGM" a été utilisée par commodité pour désigner le
processus de production de la viande provenant d'animaux dont
l'alimentation est "non OGM" au sens indiqué ci-dessus.
Ce raccourci ne doit pas faire oublier que la viande « OGM »
sensu stricto n'existe pas. D'une part il n'existe pas de bovins
génétiquement modifiés élevés pour la production de produits
alimentaires, et d'autre part les informations techniques ou
scientifiques disponibles n'ont jamais mis en évidence que
lorsqu'un animal a consommé des aliments OGM, on en ait retrouvé
des traces (sous forme d'ADN modifié ou de protéines
transgéniques) dans ses muscles.
Pour analyser la faisabilité les questions
qui ont été posées aux différents échelons de la filière ont
été les suivantes :
- au niveau des exploitations d'élevage :
Quelle est leur capacité à mettre en œuvre une alimentation non
OGM? Les résultats d’une étude antérieure intitulée «
Autonomie protéique des exploitations bovines » avait examiné
les possibilités de développement de l'autonomie alimentaire des
exploitations et avait conclu à des solutions assez limitées. En
conséquence cela a débouché sur la question suivante :
- - Les éleveurs auront ils la garantie de
pouvoir acheter des aliments (complémentaires ou fourrages)
non-OGM ? et à quel prix?
- - au niveau des fournisseurs d'aliments
(industriels de l'alimentation animale) : Quelle est leur
capacité d'approvisionner les éleveurs toute l'année avec des
aliments correspondant aux besoins et garantis sans OGM ? et à
quel prix?
- - au niveau des entreprises de commerce :
Comment vont ils gérer des flux d'animaux avec des niveaux de
garantie sur l'alimentation éventuellement différents? Comment
sera assurée la traçabilité? Pourront-ils répondre à la
demande commerciale (volumes et régularité)?A quel coût ?
Pour répondre à ces différentes
questions, une étude a été engagée en s'appuyant sur des cas
concrets de production et de commercialisation fournis par des
opérateurs volontaires avec trois objectifs:
1) identifier des solutions techniques
permettant d'assurer la production et la traçabilité d'animaux
alimentés non OGM dans leur contexte de production actuel,
2) évaluer les contraintes de mise en
œuvre et les surcoûts,
3) qualifier la robustesse et la durabilité
des solutions étudiées en identifiant les avantages et les
limites qu'elles présentent face à différentes évolutions
hypothétiques du contexte.
Trois types de production ont été
étudiés :
- une production de broutards,
- une production d'engraissement de jeunes bovins,
- une production de génisses
Pour chaque type de production l'étude a
été réalisée par simulation sur la base d'un cas réel avec un
opérateur volontaire.
Les étapes du travail ont été les
suivantes:
- mise en place d'un comité de pilotage
chargé de valider les choix des différentes options de
simulation mais aussi les conclusions de l'étude,
- choix d'une zone de production – collecte
- caractérisation des systèmes d'exploitations fournisseurs dans
la zone
- enquête auprès des éleveurs pour identifier les solutions
mises en œuvre
- identification des évolutions possibles des systèmes,
simulation des évolutions possibles et chiffrage du coût
- enquête auprès des fournisseurs d'aliments sur les aliments
non-OGM possibles, disponibilité et coûts
- simuler différents niveaux de demandes et l'adéquation avec
les possibilités d'offre d'animaux garantis pour l'opérateur
d'aval lié à la mise en oeuvre de cette nouvelle collecte
- évaluation des surcoûts complets et synthèse
RESULTATS
En préalable, une revue documentaire a
été réalisée pour évaluer le risque immédiat et à venir
d'introduction des OGM dans l'alimentation des bovins destinés à
la production de viande.
Aujourd'hui le soja constitue le risque
principal d'introduction d'OGM dans l'alimentation des bovins. Les
perspectives d'amélioration de l'autonomie protéique des
exploitations d'élevage étant réduites, la voie d'un
approvisionnement extérieur de matières protéiques tracées et
garanties "non OGM" paraît incontournable. Les
possibilités qui existent actuellement permettent aux fabricants
d'aliments de fournir des formules présentant les garanties
nécessaires moyennant un surcoût variant entre 3 et 10 % selon
la teneur en MAT.
Dans le cas des broutards, les solutions
mises en oeuvre pour mettre sur le marché des broutards "non
OGM" ne posent pas de difficulté majeure. Au stade de la
production, il a été constaté que par souci de simplification,
les éleveurs engagés dans ces démarches n'achetaient que des
aliments "non OGM" pour tous les bovins ce qui a aussi
pour conséquence d'éliminer les risques de contamination
croisée avec des aliments contenant des OGM. Au stade de la
commercialisation, les pratiques concernant l'allotement et le tri
des animaux doivent être adaptées. L'utilisation d'aliments
garantis entraîne un surcoût de production qui varie selon les
conditions d'élevage. En rajoutant les contraintes de mise en
place d'une démarche certifiée et celles dues à la gestion
logistique d'une catégorie supplémentaire d'animaux les
surcoûts atteignent 6 à 8 €/animal produit. En raisonnant
globalement à l’échelle d’une zone de production un des
facteurs déterminant du surcoût par unité (tête ou kilo vif)
sera le rapport entre le volume de production mis en œuvre et le
volume de production effectivement valorisé dans la filière «
non Ogm ». Selon les hypothèses examinées, ce rapport pourrait
varier entre 1,5 et 2,5.
En combinant l’ensemble de hypothèses l’impact
des différents surcoûts depuis le stade de la production jusqu’à
la commercialisation du broutard se situerait dans une fourchette
de 10 à 20 € / tête valorisée, soit 1,5 à 2% du prix de
vente.
Au niveau des Jeunes Bovins, la faisabilité
de la production "non OGM" a été étudiée aussi bien
pour des animaux de type viande que de type laitier. Les
principales dispositions à prendre pour cette production sont de
même nature que celles évoquées dans le cas des broutards, la
différence étant qu'elles portent sur des périodes
d'alimentation plus longue. Entre les deux types « viande » et
« laitier », les contraintes de production consécutives à
l'emploi d'aliments garantis "non OGM" sont un peu
différentes et modifient la composition des surcoûts "non
OGM". Les contraintes de production entraîneraient un
surcoût de l'ordre de 7 à 8 centimes d’euros par kg de
carcasse produite dans les différents cas de figure étudiés.
Pour le cas des génisses de boucherie
produites sous signe officiel de qualité, l'approche des
contraintes de production doit tenir compte du fait que la
conduite alimentaire des veaux mâles et femelles est pratiquement
indissociable de la naissance jusqu'au sevrage, et que la
proportion des veaux destinés à la production de génisses de
boucherie est toujours faible, de l'ordre de 10 à 20 % dans la
plupart des cas. L'étude « broutards » montre que la production
"non OGM" est potentiellement peu contraignante. Mais
l'engagement de tout un système de naissage en production
"non OGM" dans le seul but d'obtenir des femelles
destinées à la boucherie entraînerait des surcoûts importants
compte tenu des particularités évoquées ci-dessus. La
faisabilité d'une filière de génisses de boucherie "non
OGM" est donc étroitement liée à la mise en place d'une
démarche équivalente pour la production de broutards. Dans le
cas des génisses de boucherie, la production "non OGM"
est potentiellement peu contraignante au plan technique. Cependant
la faisabilité d'une filière de génisses de boucherie "non
OGM" est étroitement liée à la mise en place d'une
démarche équivalente pour la production de broutards. La
production de génisses "non OGM" pourrait aussi
s'envisager dans le cadre de systèmes d'embouche spécialisés.
Au delà des contraintes pratiques de production, le facteur le
plus important du surcoût ramené à l'unité commercialisée
(animal ou kg de viande) est la proportion d'animaux effectivement
valorisés en filière certifiée.
Les stratégies étudiées semblent
durables. Face à d'éventuelles difficultés d'approvisionnement
en soja garanti "non OGM" les contraintes d'alimentation
pour la production de broutards ne seraient pas réellement
augmentées, des substituts au soja pouvant aisément être
utilisés à la place du soja. Dans un avenir plus ou moins proche
des dispositions permettant d'éviter l'introduction d'OGM par le
maïs risquent de devoir être envisagées. Au vu des éléments
dont nous disposons aujourd'hui elles paraissent techniquement
possibles. Leur incidence économique dépendra du manque à
gagner lié au choix de la culture de maïs conventionnel.
A partir des résultats obtenus, on peut
dire que la production "non OGM" de viande bovine
apparaît faisable à court et moyen terme. Les limites de
l'intérêt à la mise en place de telles filières se situent
plutôt dans le fait que l'on ne sait pas quel sera le
comportement des consommateur face à la question des OGM et du
surcoût qu'implique l'offre d'une garantie supplémentaire au
niveau du procédé de production.
Cette étude a été financée par l'OFFICE
DE L'ELEVAGE et INTERBEV.
Pour plus d'informations, Contacter
: Jean-Pierre Farrié
Institut de l'Elevage,
149 rue de Bercy,
75 595 PARIS CEDEX 12,
www.inst-elevage.asso.fr
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