FICHE  TECHNIQUE

  

Espèce :

Bovin

Catégorie :

Alimentation

Titre:

Faisabilité d’une production de viande non-OGM

Mots clés:

OGM, alimentation animale, gros bovin, filière non OGM

Source(s):

INSTITUT DE 
L'ELEVAGE

Auteur(s) :

Jean-Pierre FARIE

Travail :

Clos

Date de fin des travaux

30.06.2005

Programme :

OFIVAL 2004

 

 

Résumé :

 

CONTEXTE ET OBJECTIFS

 Dans le contexte d’interrogations de la société vis à vis des OGM et de demande de certains opérateurs de disposer de viande issue d'un processus de production exempt d'OGM, une étude sur a été réalisée afin de déterminer en situation réelle quelles étaient les solutions mises en œuvre et leur durabilité.

Dans le cadre de l'étude, la notion d’alimentation "non OGM " n’a pas été définie comme l’absence totale d'OGM dans l’alimentation mais comme l’utilisation d’aliments n’ayant pas l’obligation d’être étiquetés « Ogm » ou « contenant des ogm ». en conformité avec la réglementation selon laquelle la présence de traces d'OGM dans l'alimentation des animaux est admise dans la limite de 0,9 %, à condition qu'il s'agisse de présence fortuite. Cela implique aussi que les opérateurs doivent démontrer qu'ils ont pris les mesures adéquates pour éviter l'introduction de matériel génétiquement modifié à tout stade du processus de production.

L'expression production de viande "non OGM" a été utilisée par commodité pour désigner le processus de production de la viande provenant d'animaux dont l'alimentation est "non OGM" au sens indiqué ci-dessus. Ce raccourci ne doit pas faire oublier que la viande « OGM » sensu stricto n'existe pas. D'une part il n'existe pas de bovins génétiquement modifiés élevés pour la production de produits alimentaires, et d'autre part les informations techniques ou scientifiques disponibles n'ont jamais mis en évidence que lorsqu'un animal a consommé des aliments OGM, on en ait retrouvé des traces (sous forme d'ADN modifié ou de protéines transgéniques) dans ses muscles.

Pour analyser la faisabilité les questions qui ont été posées aux différents échelons de la filière ont été les suivantes :

- au niveau des exploitations d'élevage : Quelle est leur capacité à mettre en œuvre une alimentation non OGM? Les résultats d’une étude antérieure intitulée « Autonomie protéique des exploitations bovines » avait examiné les possibilités de développement de l'autonomie alimentaire des exploitations et avait conclu à des solutions assez limitées. En conséquence cela a débouché sur la question suivante :

- - Les éleveurs auront ils la garantie de pouvoir acheter des aliments (complémentaires ou fourrages) non-OGM ? et à quel prix?

- - au niveau des fournisseurs d'aliments (industriels de l'alimentation animale) : Quelle est leur capacité d'approvisionner les éleveurs toute l'année avec des aliments correspondant aux besoins et garantis sans OGM ? et à quel prix?

- - au niveau des entreprises de commerce : Comment vont ils gérer des flux d'animaux avec des niveaux de garantie sur l'alimentation éventuellement différents? Comment sera assurée la traçabilité? Pourront-ils répondre à la demande commerciale (volumes et régularité)?A quel coût ?

Pour répondre à ces différentes questions, une étude a été engagée en s'appuyant sur des cas concrets de production et de commercialisation fournis par des opérateurs volontaires avec trois objectifs:

1) identifier des solutions techniques permettant d'assurer la production et la traçabilité d'animaux alimentés non OGM dans leur contexte de production actuel,

2) évaluer les contraintes de mise en œuvre et les surcoûts,

3) qualifier la robustesse et la durabilité des solutions étudiées en identifiant les avantages et les limites qu'elles présentent face à différentes évolutions hypothétiques du contexte.

Trois types de production ont été étudiés :

- une production de broutards,
- une production d'engraissement de jeunes bovins,
- une production de génisses

Pour chaque type de production l'étude a été réalisée par simulation sur la base d'un cas réel avec un opérateur volontaire.

Les étapes du travail ont été les suivantes:

- mise en place d'un comité de pilotage chargé de valider les choix des différentes options de simulation mais aussi les conclusions de l'étude, 
- choix d'une zone de production – collecte
- caractérisation des systèmes d'exploitations fournisseurs dans la zone
- enquête auprès des éleveurs pour identifier les solutions mises en œuvre
- identification des évolutions possibles des systèmes, simulation des évolutions possibles et chiffrage du coût
- enquête auprès des fournisseurs d'aliments sur les aliments non-OGM possibles, disponibilité et coûts
- simuler différents niveaux de demandes et l'adéquation avec les possibilités d'offre d'animaux garantis pour l'opérateur d'aval lié à la mise en oeuvre de cette nouvelle collecte
- évaluation des surcoûts complets et synthèse

RESULTATS

En préalable, une revue documentaire a été réalisée pour évaluer le risque immédiat et à venir d'introduction des OGM dans l'alimentation des bovins destinés à la production de viande.

Aujourd'hui le soja constitue le risque principal d'introduction d'OGM dans l'alimentation des bovins. Les perspectives d'amélioration de l'autonomie protéique des exploitations d'élevage étant réduites, la voie d'un approvisionnement extérieur de matières protéiques tracées et garanties "non OGM" paraît incontournable. Les possibilités qui existent actuellement permettent aux fabricants d'aliments de fournir des formules présentant les garanties nécessaires moyennant un surcoût variant entre 3 et 10 % selon la teneur en MAT.

Dans le cas des broutards, les solutions mises en oeuvre pour mettre sur le marché des broutards "non OGM" ne posent pas de difficulté majeure. Au stade de la production, il a été constaté que par souci de simplification, les éleveurs engagés dans ces démarches n'achetaient que des aliments "non OGM" pour tous les bovins ce qui a aussi pour conséquence d'éliminer les risques de contamination croisée avec des aliments contenant des OGM. Au stade de la commercialisation, les pratiques concernant l'allotement et le tri des animaux doivent être adaptées. L'utilisation d'aliments garantis entraîne un surcoût de production qui varie selon les conditions d'élevage. En rajoutant les contraintes de mise en place d'une démarche certifiée et celles dues à la gestion logistique d'une catégorie supplémentaire d'animaux les surcoûts atteignent 6 à 8 €/animal produit. En raisonnant globalement à l’échelle d’une zone de production un des facteurs déterminant du surcoût par unité (tête ou kilo vif) sera le rapport entre le volume de production mis en œuvre et le volume de production effectivement valorisé dans la filière « non Ogm ». Selon les hypothèses examinées, ce rapport pourrait varier entre 1,5 et 2,5.

En combinant l’ensemble de hypothèses l’impact des différents surcoûts depuis le stade de la production jusqu’à la commercialisation du broutard se situerait dans une fourchette de 10 à 20 € / tête valorisée, soit 1,5 à 2% du prix de vente.

Au niveau des Jeunes Bovins, la faisabilité de la production "non OGM" a été étudiée aussi bien pour des animaux de type viande que de type laitier. Les principales dispositions à prendre pour cette production sont de même nature que celles évoquées dans le cas des broutards, la différence étant qu'elles portent sur des périodes d'alimentation plus longue. Entre les deux types « viande » et « laitier », les contraintes de production consécutives à l'emploi d'aliments garantis "non OGM" sont un peu différentes et modifient la composition des surcoûts "non OGM". Les contraintes de production entraîneraient un surcoût de l'ordre de 7 à 8 centimes d’euros par kg de carcasse produite dans les différents cas de figure étudiés.

Pour le cas des génisses de boucherie produites sous signe officiel de qualité, l'approche des contraintes de production doit tenir compte du fait que la conduite alimentaire des veaux mâles et femelles est pratiquement indissociable de la naissance jusqu'au sevrage, et que la proportion des veaux destinés à la production de génisses de boucherie est toujours faible, de l'ordre de 10 à 20 % dans la plupart des cas. L'étude « broutards » montre que la production "non OGM" est potentiellement peu contraignante. Mais l'engagement de tout un système de naissage en production "non OGM" dans le seul but d'obtenir des femelles destinées à la boucherie entraînerait des surcoûts importants compte tenu des particularités évoquées ci-dessus. La faisabilité d'une filière de génisses de boucherie "non OGM" est donc étroitement liée à la mise en place d'une démarche équivalente pour la production de broutards. Dans le cas des génisses de boucherie, la production "non OGM" est potentiellement peu contraignante au plan technique. Cependant la faisabilité d'une filière de génisses de boucherie "non OGM" est étroitement liée à la mise en place d'une démarche équivalente pour la production de broutards. La production de génisses "non OGM" pourrait aussi s'envisager dans le cadre de systèmes d'embouche spécialisés. Au delà des contraintes pratiques de production, le facteur le plus important du surcoût ramené à l'unité commercialisée (animal ou kg de viande) est la proportion d'animaux effectivement valorisés en filière certifiée.

Les stratégies étudiées semblent durables. Face à d'éventuelles difficultés d'approvisionnement en soja garanti "non OGM" les contraintes d'alimentation pour la production de broutards ne seraient pas réellement augmentées, des substituts au soja pouvant aisément être utilisés à la place du soja. Dans un avenir plus ou moins proche des dispositions permettant d'éviter l'introduction d'OGM par le maïs risquent de devoir être envisagées. Au vu des éléments dont nous disposons aujourd'hui elles paraissent techniquement possibles. Leur incidence économique dépendra du manque à gagner lié au choix de la culture de maïs conventionnel.

A partir des résultats obtenus, on peut dire que la production "non OGM" de viande bovine apparaît faisable à court et moyen terme. Les limites de l'intérêt à la mise en place de telles filières se situent plutôt dans le fait que l'on ne sait pas quel sera le comportement des consommateur face à la question des OGM et du surcoût qu'implique l'offre d'une garantie supplémentaire au niveau du procédé de production.

Cette étude a été financée par l'OFFICE DE L'ELEVAGE et INTERBEV.

Pour plus d'informations, Contacter :  Jean-Pierre Farrié

Institut de l'Elevage, 
149 rue de Bercy, 
75 595 PARIS CEDEX 12, 
www.inst-elevage.asso.fr 

 

 

N° réf. :715

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