La tendreté représente
le critère primordial de la qualité de la viande pour toute la
filière bovine. Les opérateurs sont donc amenés à tenter de
gérer la tendreté de la viande plutôt que de la subir. Ils
disposent pour cela de nombreux éléments issus de la recherche
de ces dernières années. Récemment, des travaux réalisés par
l'Institut de l'Elevage sur la suspension pelvienne ont démontré
tout l'intérêt de cette pratique puisqu'elle permet d'augmenter
notablement la tendreté d'une bonne partie des muscles du
quartier arrière. Cela étant, cette pratique peut présenter
quelques inconvénients (le risque de chute pour les carcasses les
plus lourdes,...) d'où l'intérêt de continuer à rechercher des
méthodes alternatives. Le procédé « Tendercut TM » en est
une.
Depuis 1991, une équipe de chercheurs
américains travaille sur ce procédé. Cette pratique, comme la
suspension pelvienne, s'appuie sur le principe de l'étirement des
muscles avant l'entrée en rigor mortis. Dans le cas présent
l'étirement des muscles est obtenu à la suite de 3 coups de scie
donnés, naturellement avant le ressuage, sur le quartier arrière
: à la jonction de la 12ème et 13ème vertèbre dorsale, à
l'ischion (à la hauteur de la tête du fémur) et à la jonction
de la 4ème et de la 5ème vertèbre sacrée. Selon les sites ces
coupes sont suivies de la section de tissus conjonctifs et de
muscles au voisinage des os sciés. Selon la bibliographie, les
résultats obtenus par le procédé « TendercutTM », même si
ils sont parfois contradictoires, seraient comparables à ceux de
la suspension pelvienne.
Dans ce contexte, l'objectif de l'étude est
de confirmer ou d'infirmer l'effet du procédé « TendercutTM »
sur la tendreté, et de mettre en comparaison ce procédé
d'amélioration de la tendreté avec celui de la maturation. Il
s'agit ici de réaliser une approche particulièrement pragmatique
de façon à être en mesure de fournir aux opérateurs français
des résultats clairement interprétables leur permettant de se
positionner par rapport à cette technique.
L'effet du procédé TendercutTM (appliqué
à 15 carcasses de gros bovins), sur la tendreté de la viande, a
été apprécié par le traitement différencié des deux
demi-carcasses d'un même animal, suspendues classiquement par le
tendon d'achille :
- l'une ne subit pas le procédé
TendercutTM (NTC) ;
- l'autre fait l'objet du traitement
TendercutTM (TC).
Concernant la maturation, deux durées ont
été mises en comparaison. La durée la plus courte a été
fixée à 2 jours, correspondant au temps de conservation des
carcasses avec os. La durée la plus longue a été choisie afin
d'avoir un écart relativement substantiel sur la tendreté tout
en veillant à ne pas trop s'éloigner de la réalité des
circuits de commercialisation. Cette durée a été fixée à 9
jours (soit 7 jours d'écart entre les deux durées de
maturation). Huit muscles ou parties de muscles ont été
étudiés. Il s'agit :
- - du Milieu de Train de Côtes, une
partie du long dorsal LD (de la 7ème à la 10ème côte) ;
- - de 2 parties du Tende de Tranche,
côté ischion TTI et côté nerveux TTN ;
- - de 2 parties du Gîte Noix, côté
ischion GNI et côté nerveux GNN ;
- - du Plat de Tranche Grasse, PTG ;
- - du Rond de Gîte, RG ;
- - de l'Aiguillette Baronne, AB.
La méthode de mesure retenue est celle de
l'analyse sensorielle, puisqu'elle permet de fournir des
résultats proches de ce que le consommateur apprécie. L'analyse
des résultats conduit à considérer 3 types de muscles :
- Des muscles dont la tendreté est
améliorée par le procédé TendercutTM
Le LD voit sa tendreté augmenter de façon
significative par le procédé TendercutTM comparativement à un
traitement classique quelle que soit la durée de maturation
appliquée après le procédé (+12 points à 2 et à 9 jours de
maturation). Pour le TTI et TTN l'effet bénéfique du procédé
TendercutTM en termes de tendreté, se présente plutôt sous
forme de tendance (10%> Probabilité >5%) après 2 jours de
maturation (+5 points) avant d'être réellement significatif
après 9 jours (+ 7 points TTI et + 5 points TTN).
- Des muscles dont la tendreté n'est pas
modifiée par le procédé TendercutTM
Quelles que soient les durées de maturation
les muscles AB, GNI, GNN, et RG sont dans ce cas là. Même
constatation pour le muscle PTG mais uniquement après 9 jours de
maturation.
- Des muscles dont la tendreté est
dégradée par le procédé TendercutTM
Seul le muscle PTG se situe dans cette
catégorie, mais uniquement après 2 jours de maturation (- 5
points).
Par ailleurs, si on veut comparer ce gain de
tendreté lié au procédé TendercutTM (TC 2) avec celui obtenu
après maturation (NTC 9), on peut dire que ce gain est
équivalent à 1,7 et 0.7 fois une semaine de maturation
respectivement pour le LD et le TTN.
Le procédé Tender cut TM a donc donné des
résultats contrastés en terme d'augmentation de la tendreté de
la viande. Cependant, lorsque le procédé est efficace (de façon
significative ou en termes de tendance) ses effets sur
l'attendrissage de la viande se cumulent avec ceux de la
maturation. Ainsi par exemple, pour le cas particulièrement
marqué du LD, lorsqu'on associe les 2 effets (maturation et
TendercutTM) on obtient un gain de tendreté de 2,7 fois
supérieur au gain de tendreté obtenu sur ce même muscle avec un
circuit classique, simple maturation pendant 7 jours sans
traitement particulier de la carcasse après abattage.
Techniquement, ce procédé est simple et ne
demande pas beaucoup de temps de travail supplémentaire : entre 3
et 5 minutes par carcasse selon l'Institut de l'Elevage. Au-delà
des 3 coups de scie à donner sur la carcasse, suivis de la coupe
des tissus conjonctifs et de certains muscles environnants, la
véritable contrainte pratique pourrait résider, selon les
abattoirs, en la possibilité d'accéder, après le poste de la
pesée fiscale, au quartier arrière de la carcasse : il pourrait
être nécessaire dans certains abattoirs d'installer une
plate-forme en fin de chaîne par exemple.
En termes de conséquence sur la
présentation des muscles, seul le faux-filet est touché : ce
muscle est entaillé à la hauteur de la 12/13ème côte, de part
et d'autre du Long Dorsal.
Enfin, sur le plan réglementaire, il
subsiste encore des barrières. Tout d'abord, il conviendra de
s'assurer que le procédé n'est pas incompatible avec l'arrêté
relatif à la présentation des carcasses de bovins qui stipule
que la présentation de la carcasse ne doit pas être modifiée
pendant un délai de 6 heures après la pesée. En effet, pour
être efficace, le TendercutTM doit être appliqué le plus tôt
possible après l'abattage, avant l'installation de la rigor
mortis. D'autre part, avant de mettre en pratique ce procédé,
les industriels devront prendre en compte la réglementation
concernant les MRS (Matériaux à Risques Spécifiés), même si a
priori, il n'y aurait pas d'incompatibilité.
Loin d'être aussi efficace que la
suspension pelvienne (moins de muscles améliorés et gain de
tendreté moindre), ce procédé TendercutTM pourrait être
simplifié (application unique sur le tronc vertébral sans
intervention sur l'ischion et sur le sacrum) et n'être utilisé
que sur le seul Long Dorsal, pour la viande destinée à certains
marchés. Il permettrait d'attendrir efficacement ce muscle, tout
en limitant les durées de maturation.
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