FICHE  TECHNIQUE

Espèce :

bovin

Catégorie :

Qualité des Viandes

Titre:

Effet de la conservation de la viande de bœuf sur différents marqueurs nutritionnels

Mots clés:

fer, sélénium, cuisson, viande bovine, pro-oxydant et anti-oxydant

Source(s):

ADIV, INRA-NEM
( Nutriment Et Metabolisme)

Auteur(s) :

ADIV: Emilie Thomas,
INRA-NEM: Dominique Bauchart, Denys Durand, Isabelle Savary-Auzeloux, Isabelle Ortigue-Marty

Travail :

clos

Date de fin des travaux

01/06/2006

Programme :

OFIVAL 2004

 

 

Résumé :

CONTEXTE ET OBJECTIFS

Les changements des modes de distribution et des habitudes d’achat des consommateurs ont entraîné ces dernières années le développement et la généralisation de nouvelles pratiques de conservation dans la filière viande. Le coût inhérent au stockage des carcasses a entraîné le développement de la maturation sous vide au détriment de la maturation sur carcasse. Par ailleurs, le concept du « case ready », désignant les conditionnements en UVCI, c’est-à-dire les portions consommateurs de viande fraîche préparées en centrales et prêts à être disposées sur les linéaires, s’est fortement développé ces dernières années tant au niveau européen qu’international. Pour répondre aux exigences de ce nouveau concept qui implique des DLC plus longues, l’utilisation des atmosphères modifiées s’est fortement développée.
Toutes ces pratiques qui se sont développées et désormais généralisées sont pourtant susceptibles d’avoir un impact sur la qualité nutritionnelle de la viande au cours de sa conservation.

L’objectif de cette étude était d’étudier l’incidence nutritionnelle des différents modes de conservation de la viande de bœuf tels qu’ils sont pratiqués actuellement dans les entreprises à travers deux volets :


- Volet A : suivi des micronutriments d’intérêt (CLA, carnosine, vitamine B12)
- Volet B : Evaluation des facteurs intervenants dans la modulation des qualités nutritionnelles des viandes.


PROTOCOLE EXPERIMENTAL

Les travaux ont permis de tester les effets de :

- La maturation (en carcasse 2j ou 5j ou en muscle piècé sous vide 2 ou 10j)
- Le conditionnement (sous film étirable, sous atmosphère contrôlée, à l’état congelé (1 mois, 4,5 mois et 9 mois)
- La localisation du muscle sur la carcasse (muscle interne et externe)
- La teneur en lipides du muscle (gras ou maigre)


RESULTATS

Les choix du mode de maturation et de leur durée n’ont pas eu d’effets sur les teneurs en micronutriments d’intérêts tels que la vitamine B12, les dipeptides de l’histidine et les CLA.
D’un point de vue nutritionnel, la maturation sous vide pendant 10 jours qui se généralise au sein de la filière viande reste donc une pratique acceptable au même titre que la maturation en carcasse car non destructrice des qualités nutritionnelles des viandes et de leur valeur santé pour le consommateur.

Le choix du mode et durée de conditionnement entre le sous-film 5j et le sous atmosphère contrôlée 10 j appliqué à la viande après sa maturation sous vide de 10j n’a aucune influence sur les teneurs en micronutriments de la viande d’intérêt pour l’homme (vit B12, carnosine et CLA), ni sur la teneur en lipides et la composition en acides gras. Le conditionnement sous film tend néanmoins à augmenter les phénomènes de lipolyse des triglycérides.

Ainsi, la maturation sous vide suivi d’un conditionnement sous atmosphère modifiée, actuellement pratiqués par les professionnels, correspond à la condition optimale pour conserver les teneurs en vitamine B12, carnosine et CLA de la viande bovine d’intérêt pour la santé de l’homme.
Toutefois, cette conclusion présente certaines limites car la valeur nutritionnelle et sanitaire de la viande dépend de l’intensité de phénomènes plus complexes tels que les réactions de peroxydation des lipides et des protéines.
Il existe une effet négatif indirect de la maturation sous vide mis en évidence lors du conditionnement sur la stabilité des qualités nutritionnelles des viandes. En effet, dans ces conditions, la peroxydation des lipides est fortement amplifiée par le conditionnement sous film et surtout par le conditionnement sous atmosphère modifiée. Ce dernier est probablement plus oxydant en raison de la forte teneur en o2 (70%) du mélange de gaz utilisé. Les conséquences de cette peroxydation lipidique sont une production importante de MDA (jusqu’à ug MDA/g tissu), largement supérieure à 2.28 ug eq MDA/g tissu, proposée par Campo et al (2006) comme la valeur seuil au-delà de la quelle le risque de générer une flaveur désagréable à la viande est important. Ce seuil est d’autant plus vite atteint avec un muscle maigre. En effet, malgré une teneur en lipides 5 fois plus faible dans les muscles maigres par rapport aux muscles gras, les muscles maigres contiennent proportionnellement moins de triglycérides et plus de phospholipides. Ces derniers incorporent préférentiellement les acides gras de type polyinsaturé faisant d’eux les cibles préférentielles des réactions de peroxydation. A l’inverse, l’effet pro-oxydant des modes de conditionnement est beaucoup plus limité sur les viandes grasses riches en triglycérides lesquelles incorporent plutôt des acides gras de type saturé.

Parallèlement à la peroxydation des lipides, on observe la génération de carbonyles indicateurs de l’amplification de la peroxydation des protéines ainsi qu’une baisse de la teneur en vitamine E indicateur de l’utilisation tissulaire des anti-oxydants pour limiter ces phénomènes délétères. Ces trois phénomènes suivent la même évolution en fonction de la teneur en lipides des muscles et du type de conditionnement.

Par conséquent, la maturation sous vide suivi d'un conditionnement de la viande de boeuf sous atmosphère modifiée, définis précédemment comme étant les conditions de conservation des micronutriments d'intérêt pour la santé de l'homme, s'avèrent les plus défavorables à la stabilité des qualités nutritionnelles des viandes.


La durée de conservation en mode congelé n’a pas d’effet négatif majeur sur les teneurs en micronutriments d’intérêt pour l’homme mais l’accélération des réactions de lipolyse après 135j à –20°C semble être corrélée à l’intensification des réactions de peroxydation des protéines.


CONCLUSION

En conclusion de cette étude, la définition des conditions optimales de maturation et de conservation des viandes doit être raisonnée en terme de capacité à maîtriser efficacement les phénomènes de dégradations des nutriments en agissant sur les réactions de peroxydation. Il existe actuellement des études sur l’emploi d’antioxydants, en particulier d’origine végétale, ajoutés soit dans l’alimentation animale soit directement à la formulation des produits carnés dans le but d’inhiber ces réactions de peroxydation.

Dans ces conditions de bonne maîtrise de la peroxydation, la maturation sou vide suivie d’un conditionnement sous atmosphère modifiée ou de conservation en mode congelé est à préconiser pour la viande bovine tant d’un point de vue économique pour les professionnels de la filière que des points de vue de qualités nutritionnelles pour les consommateurs.



FINANCEMENTS
Cette étude a été co-financée par l’Office de l’Elevage et INTERBEV.

Pour plus d’informations, Contacter :

ADIV Association
Emilie Thomas
2 rue Chappe
63 069 Clermont Ferrand cedex 2
Tel: 04 73 98 53 80

INRA de Theix, Equipe NEM
Denys Durand
63 122 Saint Genès Champanelle
Tel : 04 73 62 42 27

 

N° réf. : 744

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