LES CAHIERS DE L'OFIVAL
La production de viande bovine en Irlande
Etude réalisée par l'Institut de l'Elevage pour le compte de
l'OFIVAL
Parue en novembre 2000
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OBJECTIFS DE L'ETUDE
étudier l'évolution des cheptels bovins laitiers et allaitants
analyser la production bovine irlandaise (systèmes, races, animaux produits...)
dégager quelques perspectives
Après le formidable essor du cheptel allaitant, la décapitalisation est entamée
Les systèmes de production et leur contribution à l'engraissement
Le troupeau allaitant est constitué à partir du troupeau laitier
Des systèmes d'engraissement axés sur l'herbe
Une médiocre qualité des conformations
Une rupture après l'essor de la production
Des prix de la viande qui ont perdu 25 % en 4 ans
Des prix du maigre très attractifs
Chute des revenus
L'essor des exportations de vif sur l'UE continentale
Recentrage sur le marché européen
Un commerce vers les Pays Tiers marqué par la prééminence de l'Egypte
Agenda 2000 : la recherche de la prime à l'extensification
Bibliographie
Annexes
Fort de 2,4 millions de vaches, le troupeau bovin irlandais s'était caractérisé, depuis la mise en place des quotas laitiers en 1983, par sa croissance active et ininterrompue. Mais la production bovine est destinée pour 90 % à l'exportation, les Pays Tiers ayant longtemps été des débouchés privilégiés. Cette dépendance vis-à-vis du marché mondial rend le marché vulnérable, et les Irlandais tentent de la réduire. L'Irlande a utilisé en 1999 près de 50 % de l'enveloppe communautaire des restitutions à l'exportation, contre 20 % pour l'Allemagne et moins de 10 % pour la France.
En 1996, l'Irlande a subi de plein fouet la crise de l'ESB. La consommation au Royaume Uni, son principal client dans l'UE, a alors chuté de près de 20 %. Les filières de l'UE continentale, notamment la France, se sont recentrées sur leurs productions nationales.
Ainsi, avec les difficultés rencontrées aussi sur le marché mondial et malgré le soutien de l'intervention, les prix des bovins finis et des animaux maigres se sont effondrés en 1997 de plus de 20%. Les broutardes femelles de 200 à 250 kg cotaient en 1998 un prix dérisoire, 70 Livres, soit 1 300 francs ! Ces tarifs attractifs n'ont pas échappé aux engraisseurs espagnols et italiens. Et à la mi-1998, tout bascule. Nombre d'engraisseurs spécialisés ont mis la clef sous la porte. Des éleveurs laitiers se désengagent de l'engraissement au fur et à mesure de l'accroissement de leurs quotas. Des producteurs de viande, qui exerçaient déjà une activité en dehors de l'exploitation, délaissent l'engraissement, réservant leur activité agricole à la seule conduite d'un troupeau de vaches allaitantes, moins astreignante.
Autant de disponibilités d'animaux maigres, dont les exportations explosent vers l'Union européenne : de 50 000 têtes en 1996, elles passent à 340 000 têtes en 1999. Autre conséquence, la décapitalisation du troupeau à partir de 1998, qui semble d'ailleurs renforcée par l'Agenda 2000. La baisse des cheptels de vaches atteint en 2 ans 130 000 têtes, soit 5 %.
Malgré le soutien du Rural Environment Protection Scheme mis en place en 1994, des éleveurs quittent la production, attirés hors de l'agriculture par la multiplication des emplois proposés par l'économie en forte croissance du "Tigre Celtique". Dans ce contexte en pleine évolution, la production irlandaise a bien du mal à se positionner par rapport aux exigences d'animaux bien conformés de ses nouveaux marchés. En effet les éleveurs constituent leur troupeau de vaches allaitantes à partir de croisements sur des vaches laitières qui sont de plus en plus holsteinisées. Ils pratiquent ensuite des croisements rotatifs variés, ce qui aboutit à la production d'animaux bigarrés et hétérogènes. La forte proportion de mâles engraissés dans les exploitations laitières, de 40 %, pour moitié purs Holstein et pour moitié issus de croisements avec des races à viande plutôt britanniques, tire aussi vers le bas la conformation des animaux finis.
Tout cela conduit à ce que, en 1999, seul un bœuf sur 20 produits en Irlande a été classé R3, et correspond aux conformations recherchées dans l'UE continentale. L'enjeu pour la filière irlandaise est de définir avec clarté les différents types d'animaux à produire en fonction des différents marchés, de pratiquer une politique incitatrice des prix en conséquence, et de se donner les moyens de piloter l'amélioration génétique du troupeau allaitant, objectif que se donne d'ailleurs la nouvelle Irish Cattle Breeding Federation aujourd'hui. Bien sûr, l'étiquetage des viandes obligatoire en 2002 pourra poser des problèmes à ce pays fortement exportateur, malgré son image verte qui a du mal à aller vers l'agriculture biologique vu l'étroitesse des structures.
Mais la question se pose aussi de savoir quelle sera l'évolution de la production de viande si les quotas laitiers étaient abolis ou "détendus". Les éleveurs laitiers, qui ne peuvent guère agrandir leurs surfaces, remplaceront alors les animaux engraissés par des vaches laitières supplémentaires. Cette spécialisation renforcée les conduira à pratiquer moins de croisement industriel. Les éleveurs de vaches allaitantes se mettront à renouveler leurs troupeaux à partir de leurs propres produits, et peut-être alors le croisement rotatif qui a tant le vent en poupe dans les îles britanniques cèdera-t-il le pas à une démarche vers des races pures ?
Depuis longtemps, la Nouvelle Zélande et l’Australie, du fait des conditions très particulières de leur production laitière (plein air, taille du troupeau, alimentation à base de pâturage, etc…) ont dû rechercher une valorisation pour une part importante de leur veaux laitiers qui n’ont pas de débouché vers la production de viande rouge.
C’est pour répondre à cette nécessité que l’abattage de ces jeunes veaux et la valorisation de la viande à travers la consommation humaine se sont développées au point de constituer des filières commerciales bien structurées, bien organisées pour exporter l’essentiel de cette viande de jeunes veaux. En effet, la consommation domestique de viande de veau – inexistante en Nouvelle Zélande, faible en Australie a obligé ces pays à rechercher les débouchés possibles à l’exportation.
La concentration dans le temps des veaux disponibles et leur grand nombre a permis de développer une véritable industrie des bobby calves qui peut mieux valoriser les abats, la présure, les peaux et ainsi retourner vers les éleveurs laitiers environ 50 % de la valorisation finale soit environ 25 € par tête pour l’éleveur laitier.
L’émergence de sociétés qui commercialisent chacune 50 % et plus des bobby calves de leur pays montre que la concentration est aussi souhaitable pour être dynamique à l’exportation, maintenir et s’ouvrir de nouveaux marchés.
Les professionnels et les autorités de ces pays restent étonnés par la question concernant le statut de cette viande