LES CAHIERS DE L'OFIVAL
Les éleveurs ovins français en " croissance " de troupeaux
Etude réalisée par l'Institut de l'Elevage pour le compte de l'OFIVAL
Parue en janvier 2002
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OBJECTIFS DE L'ETUDE
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Décrire les trajectoires et les systèmes d'élevage choisis et mis en œuvre par des éleveurs ayant accru récemment et de façon significative leurs cheptels de brebis viande ou de brebis laitières, en insistant sur les conditions technico-économiques leur ayant permis d'engager et de conduire à bien cette " croissance ".Démarche :
- Définition de zones géographiques correspondant aux systèmes de production ovins.
- Analyse de l'évolution des structures de production des élevages ovins français bénéficiaires de la PCO.
- Réalisation d'une série de 144 enquêtes qualitatives en élevage, complémentaires aux études de base quantitatives, en retenant un échantillon bien ciblé d'exploitations ovines repérées par la croissance de leurs cheptels de brebis.
Objectifs et méthode
I - Quelques données générales
Déclin de la filière viande
Des évolutions régionales différentes
Une réelle restructuration... mais les petites dimensions de cheptel viande restent dominantes
Une gamme très ouverte de systèmes d'exploitation
II - Les éleveurs en croissance de cheptel ovin
Une base régionale étudiée... concernant 92 % des éleveurs
Des différences par la taille des troupeaux et l'amplitude de la croissance
Beaucoup moins de " spécialisés "... qu'attendus
III - Les résultats régionaux
Ovins Lait : les 2 grands bassins de production
- le Bassin Rayon de Roquefort
- le Bassin Béarn - Pays Basque
Ovins Viande : les 6 grandes régions d'élevage
IV - Les enseignements généraux
Quelles motivations de croissance et quelles préoccupations ?
Perceptions des aides : OCM, Plan ovin, CTE
Quelles perspectives d'évolution ?
- des rationalisations en ovins lait... des abandons et des baisses en viande
- beaucoup d'espoirs mis dans la production, un gage d'optimisme...
Depuis la mise en œuvre de l'OCM ovine au début des années 1980 (premières PCO versées en 1984), la filière ovine française a perdu beaucoup d'éleveurs et le cheptel national a beaucoup baissé..., le dynamisme et la progression du secteur laitier et fromager n'ayant pas suffi à compenser l'hémorragie continue ayant affecté le secteur viande. Pour essayer de redonner aux éleveurs viande de nouvelles perspectives de développement et pour mieux cerner les mesures capables d'assurer à la production ovine nationale un meilleur avenir, le Conseil Spécialisé Ovin de l'OFIVAL et les Organisations Professionnelles Ovines ont souhaité mieux connaître les éleveurs ovins français, lait et viande, ayant mis en œuvre récemment une croissance significative de leurs cheptels de brebis, marquant ainsi leur confiance dans la production.
La population étudiée est celle des éleveurs ayant bénéficié entre 1993 et 1999 d'une attribution de 50 droits PCO supplémentaires, au moins, et atteignant en 1999 un cheptel minimum de 100 brebis. Elle dépasse légèrement les 5 000 élevages (5 152 exactement), soit environ 10 % de l'ensemble des bénéficiaires de PCO. Un tri sur des croissances plus importantes, d'au minimum 200 PCO supplémentaires par exemple, n'aurait retenu que 1 % à peine des bénéficiaires (485). Issus de cette population par tirage au sort, les 144 éleveurs enquêtés (31 en ovins lait et 113 en ovins viande) sont statistiquement représentatifs. La répartition des systèmes pratiqués dans l'échantillon peut donc être extrapolée à l'ensemble de la population. Première petite surprise, chez les éleveurs en croissance récente de cheptel, les éleveurs strictement spécialisés c'est-à-dire ceux qui ne comptent pour vivre que sur des recettes ovines, ne sont pas majoritaires. Ils ne concernent qu'à peine un éleveur sur deux en lait et seulement un éleveur sur quatre en viande.
L'exploitation approfondie des enquêtes débouche sur une interprétation assez limpide au niveau de la filière laitière et fromagère, mais en revanche beaucoup plus délicate sur la partie viande. Les producteurs laitiers ont fait preuve d'un dynamisme indéniable durant toute la décennie écoulée, les uns (Pays Basque - Béarn) développant une dynamique de croissance résolue des effectifs et des volumes sans se désintéresser de la qualité, les autres (Bassin de Roquefort) ayant fait preuve de grandes facilités d'adaptation en assurant une certaine maîtrise et un certain étalement de la production. Dans les deux cas, les perspectives de croissance du cheptel ovin, quoique plus modérées à l'avenir, restent positives.
En revanche, au travers de l'échantillon enquêté, les évolutions attendues de la filière ovine viande peuvent donner lieu à deux lectures différentes : une plutôt négative et sombre et une plus optimiste. La première lecture s'appuie sur le décompte des abandons et des baisses de cheptel envisagés à court terme. Les chiffrages obtenus sont assez alarmants puisque ce repli concerne près d'un éleveur sur quatre, et au final, l'incidence de ces arrêts et de ces désengagements n'est pas compensée en terme de cheptel, par les poursuites de croissance des autres éleveurs. S'il fallait en rester à cette lecture et oser la projection nationale, ce serait donc plutôt, sauf nouvelles vagues d'installations et de croissances, la perspective d'un difficile maintien des effectifs de brebis viande voire même la poursuite de l'hémorragie qui s'imposerait. On peut préférer une deuxième lecture. Au travers des enquêtes réalisées, il est possible en effet de mettre en avant l'existence de réussites individuelles indéniables avec des trajectoires exemplaires et ce dans toutes les grandes zones françaises d'élevage et dans tous les types de systèmes pratiqués y compris chez les doubles actifs. Malgré les difficultés vécues et parfaitement au fait de l'importance relative du marché et des primes dans l'élaboration de leurs revenus, tous les éleveurs concernés soulignent dans leurs propos les véritables enjeux de l'avenir.
Derrière des appréciations foisonnantes et parfois contradictoires sur les politiques de structure, de prix et de primes, appréciations qui peuvent dépendre de leur environnement spécifique, une large majorité d'entre eux partage une même volonté : celle de produire des agneaux de qualité (une politique de production) dans un environnement de qualité (une politique territoriale de vie rurale dynamique et de bonne gestion de l'espace). Et beaucoup émettent le souhait d'être effectivement reconnus pour tout cela. Une politique d'aides simplement redéfinie dans ce sens, reliant à un même niveau de participation financière, nouvel OCM et " vrai CTE " pourrait être de nature à inverser les tendances et à relancer un vrai développement de la filière.