
LES CAHIERS DE L'OFFICE DE L'ELEVAGE
ABAISSEMENT DES PROTECTIONS A L'IMPORTATION
PAR L'OMC :
QUELS RISQUES POUR LE MARCHE DU PORC EN FRANCE
Etude réalisée par l’Institut Technique du Porc pour le
compte de l’Office de l'élevage
Parue en janvier 2006
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Prix : 25 €
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Dans le cadre des négociations actuelles à l'OMC, face aux demandes pressantes de pays exportateurs, l'Union européenne pourrait être amenée à réduire ses droits de douane à l'importation sur la viande porcine.
Des compétiteurs performants
Premier exportateur mondial de viande porcine, l'Union européenne est confrontée à la présence accrue des autres grands compétiteurs, le Canada, les Etats-Unis et le Brésil.
La production porcine du Brésil est concentrée dans le Sud, avec l'intégration de petits producteurs agricoles par de grandes firmes performantes d'abattage-transformation, mais les avantages du Centre-Ouest lui promettent un développement important. Très présent en Russie, le Brésil cherche à diversifier ses débouchés, comme il l'a fait en volaille.
Le Canada a un savoir-faire reconnu qui lui permet d'exporter plus de la moitié de sa production porcine. Limité dans l'Est, pour des raisons environnementales en particulier, le développement des élevages se poursuit dans les plaines de l'Ouest.
Les États-Unis ont accru leurs exportations de viande porcine, surtout vers l'ALENA et le Japon. Les restructurations des années 90 ont mis en place de grands élevages associés à d'importantes entreprises d'abattage-transformation (intégration). La production s'est développée en Caroline du Nord et dans le Sud. Le Corn Belt a bien résisté.
Ce développement s'appuie sur des coûts de production des élevages favorables vis-à-vis de la France. Les écarts basés sur les conditions de production sont aussi renforcés par les évolutions monétaires.
Un marché réceptif
Après avoir recherché des garanties après les crises sanitaires, les consommateurs redeviennent plus attentifs au prix. La grande distribution exige donc de ses fournisseurs des prix toujours plus bas.
Les grands industriels français de la transformation paraissent intéressés par des achats de matières premières hors UE, si elles sont moins chères. Les importations pourraient convenir à une part importante des fabrications, en adaptant les process. A l'échelle européenne, ces constats sont renforcés par des exigences moindres sur les matières premières, dues aux gammes des produits.
Les résultats des principaux concurrents de l'UE sur les marchés mondiaux témoignent de leur capacité à offrir des viandes porcines à des clients exigeants. Leur organisation commerciale constitue un atout.
Impacts de la réduction de la protection tarifaire
Les droits de douane actuels ne compensent pas le prix plus bas du jambon américain. La protection paraît aussi peu confortable pour l'épaule. La réduction des droits à l'importation accroîtrait sensiblement les possibilités d'importations, la protection devenant très insuffisante.
Les prix de pièces brésiliennes, notamment de la longe et du jambon, sont très compétitifs par rapport aux prix français. Il y aurait eu risque d'importation si le Brésil avait été autorisé à exporter vers l'UE.
La baisse des droits exposerait très fortement le marché français du porc pour les pièces destinées à la transformation. L'équilibre " offre-demande " du marché européen serait
affecté. Les flux commerciaux entre les maillons de la filière, la hiérarchie des prix des pièces et la valorisation des produits serait modifiées. L'ensemble de ces effets ferait pression sur les prix payés aux éleveurs.
Stratégies de réponse pour la filière
La filière peut-elle agir pour limiter ces risques, en dehors de la voie politique des négociations à l'OMC ?
L'effort de compétitivité de l'offre devra se poursuivre, par la maîtrise des coûts de production des élevages (performances accrues, bâtiments adaptés, abaissement du prix des facteurs de production) et de l'ensemble de la filière.
L'UE devra rester vigilante sur les règles non tarifaires (statut sanitaire, hygiène des produits, traçabilité). La filière devra mettre en avant les garanties de " l'origine UE " auprès des consommateurs.
Face aux modifications de la valorisation de la viande de porc, les entreprises de découpe devront rechercher des marges de compensation, en s'efforçant de vendre mieux les produits les moins fragilisés et en s'ouvrant à des marchés plus rémunérateurs. Elles seront contraintes de s'adapter rapidement à des contextes commerciaux changeants.